L’art n’est plus le parent pauvre de la politique
Le Marché des Arts du Spectacle Africain d'Abidjan (MASA) a eu lieu du 11 au 18 avril 2026. Plus au-delà de la scène, c'est une toute autre leçon que j'ai reçue à l'aéroport d'Abidjan : celle d'un État qui a compris que la culture n'est pas un luxe, mais une stratégie de souveraineté.
Si vous suivez un peu les réseaux de Buja Sans Tabou, vous avez vu passer les images. Le Burundi était là, vibrant, avec une délégation d'une quinzaine de personnes. MASA a vibré avec les tripes devant « Et si je les tuais tous madame » de la compagnie Inä Culture et a été bousculés par la « Première Danse Politique » de Josué Mugisha. Deux pépites passées par nos planches ici à Bujumbura et qui ont brillant sous le soleil d'Abidjan.
J'aurais pu vous parler de la magie des rencontres, de cette lumière unique quand les arts du continent s'entremêlent, ou de la ferveur des soirées de danses patrimoniales. C'était beau, oui. C'était grandiose. Mais le vrai sujet, celui qui me gratte et qui doit nous faire réfléchir, est ailleurs.
Quand le visa s'incline
Imaginez : plus de 2 000 invités débarquent des quatre coins du monde. Pas de stress de consulat, pas de frais de visa exorbitants, pas de parcours du combattant administratif. Une simple lettre d'invitation, une lettre d'exemption et un dossier d'attente à l'immigration (certes longues, car le succès tient la foule) pour un tampon immédiat. Gratuit. Fluide. Accueillant.
En Côte d'Ivoire, l'État a compris. Ce n'est pas juste « du spectacle », c'est une vision. Quand le Premier Ministre ouvre le festival, quand la Première Dame inaugure le village de l'innovation, quand le Président de l'Assemblée Nationale vient s'imprégner des œuvres, ce n'est pas pour la photo. C'est un message envoyé au monde : ici, la culture est une priorité nationale.
L'art, ce moteur économique qu'on ignore encore
On ne parle pas de mécénat poli, on parle de stratégie financière. En facilitant l'entrée de milliers de festivaliers, le gouvernement ivoirien ne « perd » pas d'argent sur les visas. Il investit. Parce que ces 2 000 personnes vont dormir dans des hôtels, manger dans des restaurants, prendre des taxis et raconter au monde entier que la Côte d'Ivoire est une terre de rendez-vous.
En regardant ce déploiement de force et de respect pour les artistes, une question me brûle les lèvres : À quand notre tour ?
Vivement quand on comprendra enfin que l'art et surtout la culture ne sont pas des accessoires de décoration, mais un bien commun exploitable. L'art n'est pas une dépense, c'est un investissement qui rapporte de la dignité et des dispositifs.
Je dis ça, je dis rien : La 8ème édition du Festival Buja Sans Tabou, placé sous le thème «Prémices» aura lieu du 7 au 13 février 2028.
Le MASA n'est pas parfait. Mais il a au moins ce mérite-là : il montre ce qui est possible. Et parfois,
voir ce qui est possible, c'est déjà dérangeant.