Quand le musée parle, quand les corps répondent

Quand le musée parle, quand les corps répondent

Édition 2026

2026-02-04 04:19:23

Prince Noryve Musore

Au deuxième jour de Buja Sans Tabou, la scène s'est faite lieu de mémoire. On ya parlé de musées, de restitution, d'objets absents et de volontés en suspens. Puis on a laissé place aux corps. Corps en mouvements, corps en histoire, corps en nous. On vous amène…

Par le prince Noryve Musore

Le panneau intitulé « La (re)naissance du musée au Burundi » a ouvert la soirée avec une question simple, presque dérangeante : qu'avons-nous fait de notre mémoire ?

Autour de la table, Pr. Denis Bukuru, Pr. Jean-Marie Nduwayo, et Dre Christella-Mariza, modératrice, ont dessiné les contours d'un débat longtemps repoussé. La question de la restitution des biens volés pendant la colonisation s'est imposée d'emblée. Le constat est clair : le Burundi n'a, jusqu'ici, soumis à aucune demande officielle. Un silence qui interroge, à l'heure où d'autres États africains s'engagent dans ce long processus.


Les échanges ont rappelé que la restitution n'est ni immédiate ni symbolique. Elle exige des démarches administratives lourdes, une capacité de conservation, des ressources matérielles et humaines encore insuffisantes. Mais l’absence de conditions idéales ne saurait justifier l’inaction.

Car le musée, en son sens étendu, ne se limite pas à un bâtiment. Il est lieu d'apprentissage, de curiosité, de reconstruction, un espace où se croisent générations et origines. Un lieu pour renouer avec la nature, avec l'histoire, avec ce qui fonde une communauté.

Le débat a aussi battu en brèche une idée reçue : celle d'une jeunesse désintéressée de l'histoire. Comment s'attacher à ce que l'on ne connaît pas ? L'enjeu serait alors moins le manque d'intérêt que le manque de transmission. Éduquer, expliquer, donner à voir : autant de gestes nécessaires pour faire naître le désir de patrimoine.

Les corps en mouvements

Après les mots, le corps.

La restitution de l'atelier de danse dirigé par Zora Snake a offert une autre forme de réponse. La danse a raconté ce que l'histoire oublie parfois : le lien à la nature, la violence subie, la nécessité de se reconstruire. Les corps se sont faits archives vivantes, porteurs d'une mémoire que les vitrines ne contiennent pas.


L'Opéra du Villageois : une prière en mouvement

La soirée s'est prolongée avec « L'Opéra du Villageois », création de Zora Snake tout droit du Cameroun. Une œuvre habitée, traversée par les routes forcées de l'histoire, par les voix déplacées, par les trésors arrachés.

Sans tout dire, la pièce se présente comme une prière en mouvement. Une traversée silencieuse et puissante, où le corps devient passage, où les ancêtres parlent à travers la danse. Un retour vers les trésors royaux africains comme forces encore actives parmi les vivants.


Le public, saisi, ému, presque convoqué ailleurs, est resté suspendu.
Puis, d'une voix seule, un tonnerre d'applaudissements à éclaté. Comme un accord collectif. Comme un retour.

Buja Sans Tabou poursuit son chemin ce mercredi 4 février 2026, pour son troisième jour, dans son espace à Buja Sans Tabou. On ne saurait vous dire à quel point votre présence est le cœur même du festival. Vous êtes la bienvenue.

 

Rejoignez notre newsletter
Pour être informé à temps réel sur nos évènements et nos activités.