(Dé)connexion: Bujumbura vit les premier instants de la septième édition du Festival Buja Sans Tabou
Hier soir, à Buja Sans Tabou, les gradins, sous le poids des centaines d'amateurs de théâtre, vibraient au son du tambour du Burundi joué par le groupe Amagaba. C'est la gracieuse danse des tambourinaires, leurs acrobaties autour du tambour et les visages souriants, emportés des spectateurs, qui ont marqué le début du festival Buja Sans Tabou, qui en est à sa 7ème édition.
Par Adnette Buhaga
Sur la scène, les lumières changent. La scène se couvre d'une lumière dorée et un acteur entre en scène, Freddy, une bouteille d'eau à la main. Avec lui, toute une lignée invisible d'acteurs et d'actrices, depuis les pionnières jusqu'à la nouvelle génération, dans le monologue "D'un acteur" écrit par Dieudonné Niangouna.
L'acteur, d'une voix riche en émotions et ponctuée par des pauses pour une gorgée d'eau de temps en temps, raconte, non sans nostalgie, le parcours des acteurs et du théâtre au Burundi.
L'acteur raconte comment, après plusieurs cours, il s'est retrouvé à retourner chez lui, après avoir raté la locomotive aux promesses et rêves lointains à bord, comme quoi tous les chemins mènent à Rome. De là, les péripéties commencent : le défi de traduire un art colonial en une langue qui comprend la culture burundaise, de se faire une place et une liberté d'expression parmi les autres amateurs de l'art, en maniant l'épée à double tranchant qu'est l'art du théâtre – un moyen d'expression qui va de paire avec les questionnements de ceux-là mêmes qui l'utilisent et ceux qui viennent s'y perdre pour mieux se retrouver (paraphrasé du monologue même).
Après plusieurs minutes passées à jongler avec l'histoire, l'humour mariant et une franchise frappante qui fait réfléchir, la voix de l'acteur se baisse et finalement se tait, laissant place à une ovation, des cris et des applaudissements qui ne laissent aucun doute quant à l'admiration des spectateurs.
C'est là que résonne encore le groupe Amagaba avec leurs tambours, comme pour la culture d'attester de son respect pour cet art qui a su s'insérer en elle avec une délicatesse et un talent impressionnant.
À ce niveau, on croyait que rien ne pouvait plus nous émouvoir. On se trompait ! Sans même exagérer, un des tambourinaires prend son tambour par les dents et se balade sur la scène comme si de rien n'était ! Comment est-ce possible avec tout le poids de ces tambours ? Un mystère du physique.
Se déconnecter pour mieux se connecter
Tout ça pour dire que pendant toute cette semaine, tous les chemins de Buja mènent au Festival Buja Sans Tabou. Chers lecteurs branchés (ou connectés), on se voit là bas, déconnectés. Le calendrier promet des moments riches en émotions et en questions, à défaut de trouver des réponses absolues à la vie et à ses raisonnements.